Citation

 Sur la « bonne distance »

 

 Robert Capa

  « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près »

 

  Raymond Depardon

   "Un jour, je fus surpris de ne plus avoir aucune émotion en faisant mes photos. Je n’avais plus cette fièvre du début, cette distance avec le décor. Je commençais à m’approcher trop, à travailler comme un technicien, à choisir mes cadrages, à attendre la prouesse d’une bonne image. J’étais devenu trop lucide. Je n’avais plus peur des fous. J’ai arrêté aussitôt, je suis rentré à Paris et je n’ai plus jamais fait de photos à San Clemente."

 

 Henri Cartier-Bresson

 

 Ce qui frappe dans les clichés comme dans les propos de Cartier-Bresson, c'est sa position d'extériorité vis-à-vis des événements, voire sa manière de littéralement affronter un réel perçu comme chaotique. Alors que plusieurs générations de photographes (Robert Frank, Raymond Depardon, puis Marc Pataut et actuellement Mathieu Pernot au Jeu de Paume) s'appliqueront à créer des conditions de dialogue, des situations d'échanges durables avec leurs sujets, Cartier-Bresson se dépeint sans cesse en spectateur détaché, situé à distance et en surplomb des choses et des événements, en étranger «confronté dans le viseur avec la réalité», se servant de son Leica comme d'un véritable bouclier. «Dans un reportage photographique, note-t-il, on vient compter les coups, un peu comme un arbitre et fatalement on arrive comme un intrus». La réalité comme un ring de boxe, et le photographe en arbitre qui observe et ordonne, qui est à la fois impliqué et extérieur. Dans un écart hiérarchique.

         André Rouillé