Rester lisible

 

Cela est arrivé à tous les photographes. On est persuadé d’avoir vu une composition, un sujet et on fait une photo que personne ne comprend. Cela ne fonctionne pas. On est seul à trouver de l’intérêt à la photo. Les explications que l’on donne ne font que renforcer le rejet des spectateurs. Bien souvent on a élaboré une intention très « intellectuelle », un projet alambiqué que l’on est seul à voir dans la photo.

 

La photo est ésotérique. Elle n’est pas lisible par les autres. C’est souvent difficile à admettre. Cela peut être sur la forme : composition fouillie, détails peu visibles…Le spectateur ne rentre pas dans l’image. Cela peut concerner le fond : intention trop personnelle… Le spectateur ne voit pas le sujet. C’est souvent un mélange des deux. Alors poubelle ou pas ? De toute façon la photo est inutilisable. On peut la garder dans un enfer personnel, mais le temps sera encore plus impitoyable.

 

Ce genre d’expérience peut être utile. Il rappelle qu’il faut un minimum de lisibilité dans la composition et un minimum de clarté dans l’intention. La photo est seule face au spectateur. Elle doit parler d’elle même. On peut jouer avec la limite, mais jamais passer en dessous. Il faut un langage commun, même très restreint. C’est souvent l’enjeu des créations d’avant-garde.

 

Le niveau de lisibilité peut varier, selon le public visé. On peut surprendre, être incompris au premier abord. Mais il me semble que la photo est comme un langage dont le vocabulaire, la grammaire doivent être partagé un minimum. C’est la loi de la communication. C’est souvent une occasion de progresser, de retravailler une photo, de préciser un projet, de traduire son idée dans une langue commune.

Il faut se poser la question de la lisibilité dès qu'on envisage une publication, une exposition.