Esthétisme de la guerre

 

 

Peut on tout photographier et comment ?

Quelques réflexions après une récente visite de deux expositions visibles au même moment dans le quartier Saint Paul à Paris : la rétrospective James Nachtwey à la MEP et «  Faire surface » de Lisa Sartorio à la galerie binome.
Ces deux expositions montrent des œuvres sur le thème des désastres de la guerre.

 

James Nachtwey est photo-journaliste, un des plus grands reporters de guerre actuels. Son approche est très factuelle. Il montre clairement les choses. Mais avec une certaine retenue, évitant les scoops exceptionnels ou les effets esthétiques inutiles.

 

Lisa Sartorio est artiste plasticienne et photographe. Elle se réapproprie des photos de guerres, gueules cassées – photo d’actualité,  pour réactivé la mémoire de ces événement. Ses œuvres,- photomontages, collages – sont très puissantes et très belles, avec une approche esthétiques presque virtuose.

 

Ces deux exposition posent le problème des photos de catastrophes humaines de tout ordre et de la production d’images belles plastiquement , voire de la recherche d’un esthétisme, que l’on peut obtenir avec ces sujets. Personnellement cela m’a toujours gêné. L’approche documentaire, neutre me semble suffisante pour l’information.

 

Un autre exemple de ce problème : Peut on photographier les camps de concentration et comment ?
Un photographe, connu pour ses images très esthétiques, un peu minimalistes, au noir et blanc magnifiquement tiré, Mikael Kenna, l’a fait sans rien changer à son style.
A l’opposé un autre photographe, Bruno Dubreuil, n’a pu nous parler de son histoire personnelle sur ce sujet qu’en photographiant les à-côté, les lieux intermédiaires, avec une technique volontairement minimaliste, presque automatique, évacuant tout effet d’esthétique photographique. Pour moi l’impact des images est bien plus fort dans ce dernier cas.
Peut-on photographier ce qui est déjà impensable ?