Le petit décalage

J'apprécie depuis longtemps les prises de vues frontales, caractéristiques du style documentaire. C'est fort, direct, de la photo "cash". Je trouve que c'est une spécificité de la photographie. Cela rend compte du face à face avec le réel qu'est la prise de vue photographique.

 Pourtant, suite à un travail "à la manière" du photographe Charles Marville dans son album du Vieux Paris, J'ai réalisé la puissance d'un léger décalage du cadre. Tout en restant proche de la frontalité et de sa force, ce léger décalage est très créatif. Il oblige à trouver un point de vue choisi avec soin.

 Même pour un sujet parfaitement symétrique, un léger décalage mettra en valeur cette symétrie, souvent "sèche" et austère en elle même.

 Le point de vue « légèrement » décalé évitera l’effet de perspective artificiel et caricatural. La perspective ne fait pas la photo.

 Là où la frontalité insistait sur le caractère bidimensionnel, plat, de l'image, le léger décalage permet de retrouver la profondeur de notre monde en trois dimensions.

 

 C'est un peu la revanche de Marville sur Walker Evans.

 On peut d’ailleurs également comparer les photos du voyage qu’ont effectué ensemble Henri Cartier-Bresson et Walker Evans. HCB était aussi un adepte du petit décalage me semble-t-il.