Le "non finito"

 Cela semble une évidence en y repensant, mais je viens de réaliser que le « non finito » n’existe pas en photographie. Comment retrouver la magnifique économie de moyen de la petite nature morte de Manet « La corbeille de poires »?. Peut on faire la même chose en photographie ? La photo permet-elle cette épuration de l’expression du "non finito" ? Peut-on faire l'équivalent d'une esquisse, d'un croquis en photographie ?

 Depuis Michel Ange le "non finito" permet au peintre, au sculpteur de ne garder que la force de l’élan créateur dans son œuvre, sans avoir besoin de la terminer. Ne garder que l’essentiel.

 

 La photographie, toujours  immédiate – cf l’instant décisif, clic clac merci Kodak, le numérique – est achevée, terminée pratiquement au moment du déclenchement. Le post traitement ne viendra que révéler ce qui est déjà enregistré. Elle n'est pas aboutie pour autant.

 Dans la photo « ratée », mal exposée, mal cadrée parce que prise trop vite on a peut-être un peu de la spontanéité du "non finito". On peut y voir la trace d’un début d’intention du photographe. Mais elle reste ratée.

Le" non finito" est lui abouti, en fait terminé malgré les apparences. Il va au bout de l'intention.

Avec les procédés anciens et la photo argentique, on peut retrouver dans le travail en laboratoire un peu du caractère manuel, unique d'un dessin, d'un croquis.

 C’est peut-être dans certaines prises de vues de Saul Leiter, avec ses cadrages très elliptiques  que je retrouve un peu cette idée de "non finito".

 

Édouard Manet - Corbeille de poires 1882